Résumé exécutif
Au cours du mois de février, plus de 900 Palestiniens ont été martyrisés dans la bande de Gaza et en Cisjordanie dans le cadre de l’offensive continue menée par Israël contre les Palestiniens, où qu’ils se trouvent, par divers moyens. Des milliers d’autres ont été blessés à des degrés divers en raison de ces attaques. Parmi les événements marquants du mois, on note la poursuite de l’opération « Les murailles de fer » ciblant les camps de réfugiés en Cisjordanie, en particulier ceux de Jénine et de Tulkarem, entraînant le déplacement forcé de plus de 40 000 Palestiniens de leurs lieux de résidence en raison de cette offensive persistante.
Sur le plan législatif, la trajectoire amorcée depuis le 7 octobre se poursuit, visant à institutionnaliser les politiques répressives et les violations des droits, et à adapter les lois à une nouvelle réalité encore plus oppressive et niant les droits du peuple palestinien. Par ailleurs, les lois criminalisant l’expression et l’action politique continuent d’être promulguées. L’annexion rampante en Cisjordanie, bien que non déclarée officiellement, est accompagnée de mises à jour législatives pour la légitimer. Ainsi, la Knesset a adopté ce mois-ci un projet de loi imposant l’usage exclusif des termes « Judée et Samarie » pour désigner la Cisjordanie dans toutes les lois israéliennes ainsi que dans l’ensemble des correspondances et des documents officiels.
En matière de contrôle territorial, le gouvernement israélien continue d’établir de nouveaux records chaque mois. Ce mois-ci, il a approuvé la construction de plus de 3 800 unités de colonisation, en plus de 974 autres unités dans la colonie d’Efrat, au sud de Bethléem. Ces mesures s’accompagnent de restrictions croissantes sur la circulation, avec la multiplication des points de contrôle en Cisjordanie, transformant la vie quotidienne en une existence fragmentée dans des enclaves isolées. Pendant ce temps, les opérations de construction et de confiscation de terres relient progressivement les colonies et blocs de colonies entre eux.
Ce mois-ci a également été marqué par la libération de groupes de prisonniers palestiniens dans le cadre d’un échange. Comme lors de chaque échange, les prisonniers libérés apparaissent visiblement affaiblis, portant les marques de torture et de privation, ayant perdu des dizaines de kilos. Leurs témoignages révèlent des traitements inhumains dans les prisons israéliennes, une situation dont l’ancien ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s’est ouvertement félicité. À cet égard, il convient de noter que les autorités israéliennes ont interdit à de nombreuses familles des prisonniers expulsés de voyager pour retrouver leurs proches libérés dans le cadre de l’accord, et de nombreux cas de ce type ont été recensés.
Lois et projets de loi
Au cours du mois de février, la législation favorable aux opérations militaires en Cisjordanie et les appels israéliens à l’expulsion des habitants de la bande de Gaza se sont poursuivies, tout comme l’adoption de lois criminalisant l’expression des opinions politiques. En parallèle à la guerre d’extermination menée à Gaza et aux offensives militaires en Cisjordanie, la Knesset a adopté de nombreuses lois visant à modifier le cadre juridique de l’occupation israélienne en Cisjordanie, ainsi qu’à instaurer un cadre légal répressif à l’encontre des Palestiniens. Ce mois a également été marqué par la promulgation de lois visant à contrôler le récit officiel à l’intérieur d’Israël et à interdire toute voix politique dissidente.
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Le 13 février, la session plénière de la Knesset a adopté en première lecture, à la majorité des voix de la coalition et des blocs de l'opposition sioniste, et avec le soutien du gouvernement, un projet de loi imposant l'utilisation exclusive des termes « Judée et Samarie » pour désigner la Cisjordanie dans l'ensemble des lois israéliennes, ainsi que dans toutes les correspondances et registres officiels.
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Le 19 février, la session plénière de la Knesset a adopté en première lecture un projet de loi interdisant l’octroi d’un permis d’entrée ou de résidence en Israël à toute personne condamnée pour des actes qualifiés de « terrorisme » par Israël, ainsi qu’à ses proches et membres de sa famille. Selon ce projet de loi, le ministre de l’Intérieur ou le commandant des forces d’occupation en Cisjordanie ne pourra ni délivrer ni renouveler un permis de résidence en Israël pour toute personne considérée comme un « militant terroriste » ou reconnue coupable d’un « acte terroriste », ainsi que pour les membres de sa famille.
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Le 19 février, la session plénière de la Knesset a adopté, à la majorité des voix de la coalition et des blocs de l’opposition sioniste, et avec le soutien du gouvernement, un projet de loi restreignant davantage les activités de l’Autorité nationale palestinienne, de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et du mouvement Fatah dans les zones placées sous ce qu’Israël qualifie de « souveraineté israélienne », à savoir Jérusalem-Est occupée ainsi que les villes et camps qui en dépendent depuis l’occupation de 1967. Ce projet de loi accorde également au ministre de la Police, ou au ministre dit de la « Sécurité nationale », le pouvoir d’ordonner la fermeture et l’interdiction de tout siège ou activité, ainsi que l’expulsion de toute personne impliquée hors des zones sous souveraineté israélienne.
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Dans le cadre du soutien israélien au plan du président américain Donald Trump visant à expulser les habitants de la bande de Gaza, l’ex-ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir a présenté plusieurs projets de loi visant à accroître la pression sur les Palestiniens de Gaza afin de les inciter à l’émigration. Ainsi, le 4 février, Ben Gvir a proposé un projet de loi encourageant les Palestiniens de Gaza à quitter le territoire en échange d’une aide financière dont le montant serait déterminé par le ministre israélien des Finances. Ce projet précise également que les individus concernés pourraient emmener avec eux leurs enfants mineurs. Le même jour, il a soumis un autre projet de loi interdisant aux autorités israéliennes d’autoriser le passage de l’aide humanitaire vers toute zone placée sous le contrôle d’un « ennemi », en l’occurrence la bande de Gaza. Enfin, le 25 février, Ben Gvir a présenté un projet de loi imposant la création d’une « ceinture de sécurité » le long de la bande de Gaza, d’une profondeur d’un kilomètre, dont l’accès serait strictement interdit aux Palestiniens. Cette loi accorderait aux soldats israéliens le droit d’ouvrir le feu sur toute personne pénétrant dans cette zone, y compris avec l’intention de tuer.
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Et dans le cadre du contrôle du récit, la session plénière de la Knesset a adopté, le 19 février, en lecture finale et avec le soutien du gouvernement, de la coalition et des blocs de l’opposition sioniste, un projet de loi interdisant l’octroi d’un visa d’entrée à toute personne ou représentant d’une organisation internationale qui soutient l’imposition d’un boycott contre Israël en raison de ses politiques, qui plaide pour la poursuite de citoyens israéliens devant des tribunaux internationaux en raison de leurs activités (militaires ou politiques) contre le peuple palestinien, qui nie la catastrophe juive perpétrée par les nazis, ou qui remet en question le « massacre » du 7 octobre 2024.
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La session plénière de la Knesset a également adopté, le 19 février 2025, avec le soutien du gouvernement, de la coalition et des blocs de l’opposition sioniste, un projet de loi interdisant à toute entité officielle israélienne, organisation populaire, association ou citoyen israélien de fournir des preuves ou une assistance judiciaire à la Cour pénale internationale contre toute personne israélienne, ou contre un État ou une entité alliée à Israël, concernant un acte commis ou une défaillance dans l’exécution d’une mission. Le projet de loi accorde également au gouvernement israélien le pouvoir d’imposer des sanctions à la Cour pénale internationale ainsi qu'à toute entité étrangère déposant des plaintes ou fournissant une assistance judiciaire contre Israël ou un citoyen israélien. Ces sanctions incluent la saisie des biens de la Cour en Israël, si existants, et l'interdiction de toute relation avec l'entité ayant engagé une procédure judiciaire contre Israël, un organisme ou un individu israélien.
Colonisation et contrôle du territoire
Depuis l’accélération du rythme des délibérations sur l’approbation de la construction de colonies en Cisjordanie début décembre 2024, passant à des discussions hebdomadaires, le gouvernement israélien ne cesse d’intensifier la construction coloniale à un niveau sans précédent. Alors qu’au cours des mois de décembre 2024 et janvier 2025, les autorités d’occupation ont approuvé la construction de 3 651 unités de colonisation, contre 9 884 unités pour l’ensemble de l’année 2024, ce chiffre a déjà été dépassé au cours du seul mois de février, avec l’approbation de 3 843 nouvelles unités, en plus de 974 unités supplémentaires dans la colonie d’Efrat, au sud de Bethléem. Ces chiffres reflètent la volonté israélienne d’altérer définitivement la réalité en Cisjordanie à travers l’expansion coloniale, la prise de contrôle des terres par le biais du pastoralisme colonial, ainsi que l’infrastructure coloniale composée de routes de contournement et de barrages militaires. Les faits marquants en matière de colonisation au cours du mois sont les suivants :
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Le 2 février, le gouvernement israélien a approuvé la construction de 655 unités de colonisation dans deux colonies : Koshav Yaakov (627 unités) et Beitar Illit (27 unités).
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Le 12 février, le gouvernement israélien a approuvé la construction de 1 124 unités de colonisation dans trois colonies : Beitar Illit (561 unités), Adora (287 unités) et Hinanit (267 unités).
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Le 10 février, les forces d’occupation ont lancé une vaste opération de démolition de maisons palestiniennes dans le village de Khillet Dabeh, où 11 bâtiments ont été détruits, ainsi que dans les villages de Jinaba et Mughayir al-Abeed, situés à Massafer Yatta.
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Le 11 février, les autorités d’occupation, par le biais de l’ « administration civile », ont publié, pour la première fois, six notifications annonçant leur intention de consacrer des terres d’une superficie totale de 16 121 dunams (3 990 acres) à la colonisation pastorale, à travers toute la Cisjordanie.
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Le 19 février, le gouvernement israélien a approuvé la construction de 894 unités de colonisation dans trois colonies : Talmone (288 unités), Rimonim (204 unités) et Beitar Illit (402 unités).
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Le 16 février, les autorités d'occupation ont publié un nouvel appel d’offres pour la construction de 974 nouvelles unités de colonisation dans la colonie d’El-Fuar, au sud de Bethléem. L’appel d’offres vise à établir un nouveau quartier qui étendra la colonie d’El-Fuar sur 644 dunams et augmentera sa population d’environ 40 %.
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Le 26 février, le gouvernement israélien a approuvé la construction de 1 170 unités de colonisation dans quatre colonies : Gva'ot (756 unités), Itamar (284 unités), Sha'aray Tikva (6 unités) et Givat Ze'ev (124 unités).
Déclarations racistes marquantes
Au cours du mois de février, le président américain Donald Trump a présenté son plan visant à expulser les habitants de la bande de Gaza vers d’autres pays, sans possibilité de retour, et à placer le territoire sous le contrôle des États-Unis afin de le reconstruire comme un projet immobilier. Cette proposition du président américain a suscité l’enthousiasme des Israéliens, aussi bien parmi les dirigeants politiques que les élites, qui ont commencé à exprimer ouvertement et publiquement leur conviction que l’expulsion des habitants de Gaza et l’abandon définitif de la possibilité d’un État palestinien constituaient la solution idéale.
Une série de déclarations a alors été lancée par des députés et des ministres. Après que le Premier ministre Benyamin Netanyahou a salué ce plan et remercié Trump, le ministre de la Sécurité, Bezalel Smotrich, a déclaré que le plan de Trump était « la réponse appropriée au 7 octobre », ajoutant qu’ « il est temps d’enterrer définitivement l’idée dangereuse de la création d’un État palestinien ».
Quant à l’ancien ministre de la Sécurité nationale et chef du parti Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, il a déclaré : « La seule solution pour Gaza est d’encourager l’émigration des Gazaouis. Lorsque je l’ai dit au début de la guerre, on s’est moqué de moi. Maintenant, c’est clair : c’est la seule solution au problème de Gaza – c’est la stratégie du lendemain. »
L’adhésion à ce projet ne s’est pas limitée aux dirigeants des partis de droite. En plus d’eux, les chefs des partis d’opposition, Yair Lapid et Benny Gantz, ont également approuvé ce plan et salué le président Trump, que Gantz a qualifié d’homme qui « pense toujours de manière créative et différente ». Sans entrer dans le détail de toutes les déclarations, y compris celles du président de la Knesset qui a également soutenu cette initiative, le plan de Trump visant à expulser les habitants de Gaza a révélé la véritable façon de penser de la société israélienne et de ses élites politiques. Seule une infime minorité marginale, tant sur la scène politique que médiatique en Israël, s’y est opposée.
Et la situation ne s’est pas limitée aux seules déclarations politiques. En plus du projet de loi présenté par Ben Gvir, le journal Calcalist a rapporté, le 17 février, que le ministre israélien de la Défense, Yisrael Katz, avait ordonné la création d’une administration spéciale au sein du ministère de la Défense, chargée de promouvoir l’expulsion des Palestiniens de la bande de Gaza. Le journal a également indiqué que le coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires occupés avait présenté au ministre un plan visant à fournir une assistance importante aux Palestiniens souhaitant quitter Gaza – ce qui signifie qu’Israël explore déjà des moyens concrets pour mettre en œuvre ce projet, bien au-delà d’un simple soutien verbal.
Prisonniers et détenus
Au début du mois de mars 2025, le nombre de prisonniers palestiniens détenus dans les prisons israéliennes dépassait les 9 500, dont plus de 350 enfants, 21 femmes et plus de 3 405 détenus administratifs incarcérés sans accusation, sans acte d’inculpation ni procès équitable. À cela s’ajoutent les détenus de la bande de Gaza que l’administration pénitentiaire israélienne qualifie de « combattants illégaux », dont le nombre s’élève à 1 555. Ce chiffre ne comprend toutefois pas l’ensemble des prisonniers originaires de Gaza, notamment ceux retenus dans des camps militaires israéliens et soumis par Israël à une politique de disparition forcée.
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En février, trois prisonniers palestiniens sont martyrisés en détention : Khaled Mahmoud Qassem Abdullah (40 ans), détenu administratif originaire du camp de Jénine, martyrisé le 23 février dans la prison de Megiddo ; Rafat Adnan Abdel Aziz Abu Fanouna (34 ans), originaire de la bande de Gaza, détenu à la prison de Ramla ; Mousab Hani Haniyeh (35 ans), originaire de Gaza, arrêté le 3 mars 2023. Selon sa famille, il ne souffrait d’aucun problème de santé avant son incarcération. Depuis le début de la guerre d’extermination, l’Autorité des affaires des prisonniers et ex-détenus a recensé 61 prisonniers martyrisés en détention et dont l’identité est connue. Parmi eux, au moins 40 étaient originaires de Gaza. Ce chiffre est le plus élevé de l’histoire, faisant de cette période, selon l’Autorité des affaires des prisonniers et ex-détenus, la plus meurtrière pour le mouvement des prisonniers palestiniens depuis 1967. Depuis 1967, le nombre total de prisonniers martyrisés en détention et dont l’identité est connue, s’élève désormais à 289. De plus, des dizaines de détenus de Gaza portés disparus sont vraisemblablement décédés en détention, bien que leurs décès n’aient pas été officiellement confirmés. Par ailleurs, le nombre de prisonniers dont les corps sont retenus par Israël s’élève à 70, dont 59 depuis le début de la guerre.
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Au cours du mois de février, dans le cadre d'un échange de prisonniers, trois vagues de libération ont eu lieu, permettant la libération de 1 194 détenus, dont 889 prisonniers originaires de la bande de Gaza arrêtés après le 7 octobre. Des organisations de défense des droits humains ainsi que des institutions palestiniennes spécialisées dans les affaires des prisonniers affirment que la majorité des détenus libérés dans le cadre de cet échange, ainsi que la plupart de ceux relâchés après la guerre d’extermination, présentaient des signes évidents de torture sur leurs corps amaigris. Cela témoigne de l’ampleur des crimes systématiques et du traitement inhumain qu’ils ont subi dans les prisons israéliennes. L’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme a rapporté que son équipe sur le terrain a documenté des blessures graves parmi les prisonniers libérés, incluant des amputations, des gonflements sévères dus aux tortures, ainsi qu’un état de grande faiblesse et d'épuisement extrême. Il a souligné que certains prisonniers étaient incapables de marcher sans assistance, tandis que d'autres nécessitaient une prise en charge médicale urgente en raison de la détérioration de leur état de santé. L’Observatoire a également révélé que de nombreux détenus ont témoigné avoir subi des coups, des sévices et des menaces jusqu’aux derniers instants précédant leur libération, bien que la majorité d’entre eux n’aient fait l’objet d’aucune accusation précise.
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Parmi les prisonniers libérés figure le détenu Nael Barghouti, surnommé le « Doyen des prisonniers palestiniens » dans les geôles israéliennes, ayant passé 45 ans en détention. Il avait été arrêté pour la première fois en 1978 et condamné à la perpétuité assortie de 18 ans supplémentaires. Il a purgé 34 années consécutives avant d’être libéré en 2011 dans le cadre d’un échange entre la résistance palestinienne et Israël. De nouveau arrêté en 2014, il avait été condamné à trois mois de prison, mais n’a jamais été libéré après avoir purgé sa peine, les autorités carcérales israéliennes ayant tenté de rétablir sa condamnation initiale. Il a finalement été libéré lors du dernier échange de prisonniers et exilé en Égypte. Les autorités israéliennes ont interdit à son épouse, Iman Nafi, de quitter la Palestine pour le rejoindre, tout comme elles ont interdit à de nombreuses mères et proches de prisonniers de voyager. Cette politique israélienne vise à restreindre les déplacements des familles des détenus et à les priver de toute possibilité de rencontre avec leurs enfants et époux.
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Dans le cadre de ses pratiques racistes, l’occupation israélienne a contraint les prisonniers libérés lors de la sixième vague d'échange en provenance de Gaza à porter des vêtements arborant des inscriptions menaçantes et intimidantes. L’une des phrases inscrites était : « Nous n’oublions pas et nous ne pardonnons pas », une référence explicite à la politique israélienne de persécution des prisonniers libérés dans le cadre des échanges.
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Au cours du mois de février, les institutions palestiniennes chargées des affaires des prisonniers ainsi que les organisations de défense des droits de l’homme ont publié de nombreux rapports révélant une intensification drastique des politiques de répression et de torture infligées aux prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes, notamment à Atsion, Ofer, Megiddo, Shata et Gilboa. La Commission des affaires des prisonniers et ex-détenus a dénoncé une recrudescence des méthodes de répression brutale, incluant des agressions physiques par des coups de matraque, des pulvérisations de gaz et des raids répétés et soudains des unités spéciales de répression dans les cellules des détenus. D’autres formes de maltraitance systématique ont également été signalées, comme la privation de nourriture avec des rations alimentaires extrêmement réduites, la négligence médicale délibérée à l’égard des détenus malades, surtout avec la propagation inquiétante de maladies de peau, notamment la gale, qui provoque de fortes démangeaisons. En outre, les autorités pénitentiaires israéliennes imposent aux prisonniers des conditions climatiques extrêmes en laissant intentionnellement les fenêtres ouvertes malgré les températures glaciales.
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Au cours du mois de février, la Commission des affaires des prisonniers et ex-détenus a publié des listes contenant les noms d’environ 200 détenus soumis à des ordres de détention administrative, qu’il s'agisse de nouvelles décisions ou de renouvellements. Une liste publiée le 24 février 2024 comprenait plus de 60 noms, une autre datée du 17 février en comptait plus de 100, tandis qu’une troisième, publiée le 12 février, mentionnait près de 40 détenus. La détention administrative est une politique qui permet aux autorités israéliennes d’incarcérer des individus sans inculpation ni procès. Dans ce cadre, ni les détenus ni leurs avocats n’ont accès aux « preuves secrètes » invoquées par Israël pour justifier leur détention.
Crimes et violations
Au cours du mois de février 2025, les forces d’occupation ont détruit environ 110 biens en Cisjordanie. Le nombre des points de contrôle militaires déployés de manière soudaine s’est élevé à 254. Elles ont également perpétré 29 attaques contre des lieux de culte, 8 agressions visant des équipes médicales, 16 attaques contre le secteur de l’éducation. Par ailleurs, 888 Palestiniens ont été arrêtés, 128 maisons démolies, et 1 039 incursions ont été menées dans différentes régions de la Cisjordanie.
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Le 23 février, le ministre de la Défense israélien a annoncé l’interdiction du retour de plus de 40 000 réfugiés palestiniens déplacés des camps de Tulkarem et de Jénine, déclarant que l’armée israélienne poursuivait l’opération « Les murailles de fer », lancée le 21 janvier 2025. Il a précisé que l’armée resterait dans les camps de Jénine, Tulkarem et Nour Shams pendant au moins un an, avec un déploiement de chars israéliens. Jusqu’à présent, cette opération a conduit à l’évacuation totale des camps de Jénine et de Tulkarem, ainsi qu’au martyre de plus de 55 Palestiniens dans les gouvernorats de Jénine, Tulkarem et Tubas. Par ailleurs, 13 écoles de l’UNRWA qui assurent l’éducation de plus de 5 000 enfants palestiniens dans le nord de la Cisjordanie, restent fermées.
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Le 28 février, des estimations indiquent que les pertes subies par la ville de Jénine en raison de la poursuite de l’agression israélienne s’élèvent à près de 20 millions de shekels par jour. L’armée d’occupation continue de fermer les points de contrôle et d’interdire aux Palestiniens des territoires occupés en 1948 d’accéder à la ville. Par ailleurs, le 2 février, les forces israéliennes avaient fait exploser 23 maisons dans le camp de Jénine et poursuivent l’incendie de maisons, le nivellement des routes et la démolition de bâtiments afin d’élargir certaines voies à l’intérieur du camp. Elles empêchent également les habitants de retourner chez eux pour récupérer leurs affaires essentielles et leurs vêtements, ainsi que les journalistes d’accéder au camp. De plus, l’armée d’occupation a creusé des tranchées de 3 mètres de profondeur à plusieurs endroits dans le camp, vraisemblablement pour la construction de tours militaires, tout en transformant des immeubles résidentiels situés à proximité en casernes militaires de surveillance.
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L’opération militaire israélienne se poursuit depuis plus de 33 jours dans la ville de Tulkarem et ses camps, imposant un siège strict qui interdit toute entrée ou sortie. L’armée d’occupation assiège les hôpitaux, entrave le travail des équipes médicales, mène des raids sur les domiciles en saccageant leur contenu et cause d’importants dégâts aux infrastructures (réseaux d’eau, d’électricité, d’assainissement et de communication). De nombreux quartiers et maisons ont été détruits, avec 26 bâtiments entièrement rasés dans le camp de Tulkarem. Dans le camp de Nour Shams, 11 maisons ont reçu des avis de démolition pour ouvrir des routes traversant plusieurs quartiers. L’opération militaire a entraîné l’exode forcé de près de 12 000 réfugiés palestiniens du camp de Tulkarem et de 5 000 du camp de Nour Shams, alors que l’occupation poursuit ses tentatives de déplacement massif des habitants.
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Le 11 février 2025, les forces d’occupation israéliennes ont fermé le sanctuaire d’Ibrahim (Tombeau des Patriarches) dans la ville d’Hébron, expulsé son directeur et interdit aux Palestiniens d’y accéder pour la prière. Cette mesure s’inscrit dans une politique de restrictions accrues visant à empêcher les Palestiniens d’exercer leur culte, en particulier à l’approche du mois sacré de Ramadan.
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Le 18 février 2025, les forces d’occupation israéliennes ont pris d’assaut une école de l’UNRWA dans le quartier de Wadi al-Joz à Jérusalem, forçant les enseignants à évacuer les élèves et à fermer l’établissement, en application de la décision interdisant et fermant les institutions de l’UNRWA à Jérusalem et dans les territoires occupés de 1948. Les forces israéliennes ont également pris d’assaut deux autres écoles de l’UNRWA dans les quartiers de Silwan et du village de Sur Baher, ordonnant leur évacuation. En outre, elles ont envahi l’Institut de Kalandiya situé dans le camp de réfugiés du même nom, émettant un ordre d’évacuation sous une semaine.
Crimes des colons
Au cours du mois de février 2025, les colons israéliens ont mené environ 152 attaques dans différentes régions de la Cisjordanie, ciblant des Palestiniens, leurs fermes, leurs maisons, ainsi que des lieux de culte et d’autres infrastructures. Ces agressions se sont réparties sur plusieurs gouvernorats de Cisjordanie, avec une concentration particulière dans les régions de Jéricho, Bethléem, Ramallah et Jérusalem.
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L’une des attaques les plus marquantes des colons a été menée par environ 200 colons masqués, dont certains étaient armés, contre quatre fermes d’élevage palestiniennes et une ferme avicole situées dans la périphérie Est de Deir Dibwan, près de Ramallah. Cette attaque s’est déroulée sous la protection des forces d’occupation israéliennes et a conduit à l’expulsion forcée de 15 familles palestiniennes, soit plus de 90 personnes, dont 60 enfants, en plus de pertes matérielles importantes, incluant la destruction de bétail et de biens.
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Le 2 février, des colons ont incendié une mosquée dans la communauté bédouine d’Arab al-Mleihat, au nord-ouest de Jéricho, entraînant sa destruction totale par les flammes. Lors de cette attaque, un tracteur agricole a également été incendié. Cet acte s’inscrit dans une intensification de la violence des colons, alimentée par la prolifération des avant-postes illégaux le long de la route d’Al-Ma‘arajat, dans le cadre d’un plan visant à expulser les Palestiniens de cette région.
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Le 6 février, des colons ont établi un nouvel avant-poste illégal à l’est du checkpoint de Tayasir, dans la vallée du Jourdain septentrionale.
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Le 14 février, des colons ont expulsé sept familles palestiniennes composées de 39 membres dans le village d’Al-Minya, à l’est de Bethléem, dans un contexte de violence croissante des colons et de leurs attaques contre le village.
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Le 15 février, des colons ont endommagé environ 155 oliviers et arbres fruitiers dans le village de Yasouf, à Salfit.
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Le 21 février, des colons ont expulsé une famille palestinienne de sept membres après avoir établi une colonie illégale près de leur maison dans le village d’Ain Yabrud, à l’est de Ramallah.
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Le 23 février, des colons ont expulsé une famille palestinienne de 4 membres après que 17 colons armés ont envahi les environs de leur maison dans le village de Mu‘azzi Jib‘a al-Badawi à Jérusalem. Ils ont incendié la maison, un véhicule, une étable et un entrepôt de fourrage. Cela a été suivi par l’invasion de 60 colons dans le village où ils ont vandalisé cinq autres maisons.
Martyrs et blessés
Au cours du mois de février 2025, 31 Palestiniens sont tombés en martyrs en Cisjordanie et 138 autres ont été blessés lors de divers incidents. Dans la bande de Gaza, 906 martyrs ont été recensés durant ce mois, portant le nombre total de victimes depuis le début de l’agression sur Gaza à plus de 48 388. Le nombre de blessés dans la bande de Gaza a dépassé les 228 au cours du mois, portant le total à plus de 111 808 blessés. La majorité des martyrs en Cisjordanie ont été recensés dans les gouvernorats de Tulkarem, Jénine et Tubas. Il est important de noter qu’une partie des martyrs et blessés en Cisjordanie ont été ciblés par des frappes de drones et d’avions israéliens ou lors des opérations militaires continues menées par l’occupation contre les camps, notamment dans le nord de la Cisjordanie.
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Le 1er février, un drone a bombardé, dans deux incidents distincts, un groupe de citoyens dans le camp de Jénine ainsi qu’une moto dans la ville de Jénine, entraînant le martyre de trois Palestiniens et blessant deux autres.
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Le 9 février, les forces d’occupation ont ouvert le feu lors de leur incursion dans le camp de Nour Shams, à Tulkarem, entraînant le martyre de trois Palestiniens, dont une femme enceinte dans les derniers mois de sa grossesse, et blessant six autres personnes.
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Le 19 février, les forces d’occupation ont pris d’assaut le camp d’Al-Far‘a et ont tiré des balles et des obus en direction d’une maison assiégée, entraînant le martyre de trois Palestiniens dont les corps ont été retenus.
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Le 21 février, les forces d’occupation ont abattu par balles une jeune fille dans la ville de Jénine et un adolescent dans la ville d’Hébron lors de leurs incursions dans ces deux villes.